04/08/2014

Blocage d’une base militaire au nord de Tel-Aviv et désertions dans les rangs de l’armée


Alors que les massacres de l’Etat d’Israël continuent et s’élèvent à plus de 600 morts, des milliers de blessés et plus de 100.000 réfugiés gazaouis liés aux multiples bombardements de Tsahal, des compagnons anarchistes en Israël (de « Anarchist against the Wall ») mènent des actions directes contre l’armée.
Ce jeudi 24 juillet 2014, près de 20 anarchistes ont bloqué l’entrée d’une base de l’armée de l’air dans le nord de Tel-Aviv. L’action consistait à empêcher – ne serait-ce que momentanément – tout nouveau bombardement de l’aviation israélienne sur la bande de Gaza. Les manifestant-es se sont allongé-es sur les voies menant à la base militaire se couvrant visages et corps avec des masques blancs et du faux-sang. On ignore combien de temps a duré le blocage, mais on sait que la répression a frappé immédiatement et que 21 manifestant-es ont été arrêté-es.
D’autre part, de nombreuses manifs ont lieu à travers le monde contre les offensives meurtrières d’Israël sur la bande de Gaza (notamment à Paris, Londres, Tel Aviv, Porto Alegre, etc…). Il y a quelques jours, un article de la presse [reuters datant du 23/07/2014] nous apprend que des appels à ne pas aller servir dans l’armée israélienne circulent, et qu’à ce jour 50 appelés ont refusé d’aller servir dans les rangs de Tsahal.
Rappelons qu’en Israël, la plupart des hommes âgés de plus de 18 ans sont appelés pour aller servir durant 3 ans dans les rangs de l’armée.
Contre le colonialisme, le nationalisme, les fous de Dieu…
Pour la destruction de tous les Etats, de tous leurs murs et frontières !

Source : http://www.lechatnoiremeutier.antifa-net.fr

Means of antifascist action


« Ou même Soral » : Gaza Frime FAIL

Depuis le début de l’opération « barrière de protection » des dizaines de milliers de personnes ont défilé en France comme dans le reste du monde pour exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien. La colère et l’indignation de toutes ces personnes est parfaitement légitime, il est indigne d’essayer de l’entacher en l’amalgamant avec quelques cas d’antisémitisme répugnants et les antifascistes et révolutionnaires doivent prendre toute leur place dans ces mobilisation. Cependant, dans et en-dehors des cortèges, gravitent également quelques dizaines de militants antisémites qu’il serait ignoble de ne pas dénoncer et d’accepter dans nos cortèges. Soraliens, collectif Cheikh Yacine, membres du FN… Hier, ils se glissaient en douce dans nos cortèges, aujourd’hui il apparaissent de plus en plus souvent à visage découvert, du moins à Paris. Ils sont évidemment largement minoritaires mais leurs propos (qu’ils soient oraux, écrits ou gestuels) antisémites sont absolument inacceptables.
Ces deux dernières semaines, un petit groupe appelé Gaza Firm a soulevé pas mal d’interrogations, certains les qualifiant d’antifascistes, d’autres de membres de l’extrême-droite soralienne ou encore de simples casseurs. Sont-ils à classer parmi ces groupes antisémites intolérables dans nos manifs ? Évidemment que non, si on en croit ce qu’ils écrivent sur les réseaux sociaux.
Réseaux sociaux ou leur CM est parfois obligé de rappeler leurs fans à l’ordre.
Mais comme nous ne nous contenterons pas de les croire sur parole, penchons-nous un peu sur qui est la Gaza Firm. Ce groupe est apparu lors de la manifestation du 13 juillet ou une trentaine de jeunes, reprenant les codes (notamment vestimentaires, gestuels et les chants) des supporters de foot, ce qui leur a permis de se faire remarquer au sein de la manifestation. Un fond de racisme social (mais aussi de racisme tout court puisqu’un bon nombre de membres du groupe sont issus de l’immigration) ont immédiatement amené plusieurs journalistes et autres observateurs à les considérer comme des casseurs et à les lier, à tort, aux incidents et échauffourées qui ont eu lieu suite à la manifestation.
Le fait que plusieurs d’entre eux portaient des T-Shirts des supporters du Virage Auteuil (PSG) a amené un certain nombre d’observateurs (peu avertis, nous le verrons) à faire de ce groupe un groupe antifasciste, tandis qu’immédiatement, des voix se sont élevées pour les dénoncer comme membres de la mouvance Dieudonné-Soral. Leur arrivée sur Twitter le 21 juillet semble d’ailleurs avoir pour principal but de répondre à tous ceux qui cherchent à les catégoriser. Ainsi, leurs premiers messages visaient à nier leur appartenance ou lien avec tel ou tel.
Le 25 juillet, ils sortent d’ailleurs leur unique communiqué (qu’ils ont depuis, on se demande pourquoi, supprimé de leur historique Twitter) visant notamment à dire qu’ils ne sont pas des casseurs et qu’ils sont apolitiques.
Communiqué de la Gaza Firm
Communiqué de la Gaza Firm
On peut ainsi lire dans ce communiqué « nous n’avons aucun lien avec les Antifas, l’extrême-droite, les Verts, Dieudonné ou même Alain Soral ». La formulation a de quoi surprendre, pourquoi « ou même Alain Soral » si ce n’est parce que c’est vis-à-vis de ce dernier qu’ils ressentent le plus besoin de nier tout lien ?

Les liens sur Internet

Le premier article sur internet parlant de Gaza Firm a été publié par le site d’Alain Soral Égalité & Réconciliation. La façon qu’a E&R de dénommer le groupe « ligue de défense Goy » par symétrie à la Ligue de Défense Juive éclaire s’il en était besoin sur l’utilité antisémite qu’y voient les soraliens. En effet, cela revient à affirmer que symétriquement à la LDJ qui dit défendre les juifs contre ses adversaires, il y aurait besoin de défendre les non-juifs (goys) qui serait donc victime d’une oppression (forcément juive) en tant que non-juifs. Cet article a rapidement été repris par la sphère soralienne du net, et notamment leur site phare, celui du très antisémite  Gérard Noël.
A la création du compte Twitter de la Gaza Firm, parmi leurs premiers abonnements, on comptait le compte d’Egalité et Réconciliation ainsi que celui du fameux Gérard Noël (dont le pseudonyme est Joe Le Corbeau). Malheureusement, nous ne pouvons plus le prouver puisque depuis, le compte Gaza Firm, prenant conscience de l’effort de communication à faire, a supprimé tous ses premiers abonnements et que nous n’avons pas pensé à faire de capture d’écran. Par contre, on peut encore voir ci-dessous que dès le 1er jour d’activité, le compte Twitter de gaza firm s’est évertué à rassurer l’extrême droite sur sa compatibilité avec les idées des fachos soraliens sans jamais s’offusquer ou se démarquer des propos fafs.
Si on s’amuse à remonter l’ensemble de la TL1 de Gaza Firm, on se rend logiquement compte que tous les messages concernent soit la situation à Gaza et les mobilisations autour (un peu) soit ce qu’est et surtout ce que n’est pas la Gaza Firm (beaucoup). Tous, sauf deux, consacrés au sort des chrétiens d’Irak. En soit, cela ne pose évidemment pas de problème d’être solidaires de populations persécutées en raison de leur non-appartenance à une religion. Sauf qu’il est quand même surprenant de voir que le seul thème hors eux-mêmes et la Palestine qui semble intéresser notre Gaza Firm est justement celui sur lequel mobilise à fond toute l’extrême droite [lien] (qui rejoint la politique du gouvernement  en ne s’inquiétant que pour les chrétiens alors que c’est bien l’ensemble des populations qui y subissent de plein fouet l’ultra réaction islamiste).

Le cas Cardet

Mathias Cardet, de son vrai nom Thomas Nlend, qui s’est fait connaître en se présentant comme ancien Hooligan du PSG, est un proche de Soral, édité par Soral, participant avec lui à de nombreux conférences et entretiens … Il a relayé l’appel de la soralienne Farida Belghoul aux Journées de Retrait de l’École et était présent à la manif fasciste jour de colère, a participé au « bal des Quenelles » de Dieudonné… Son appartenance à l’extrême-droite soralienne est indiscutable. C’est également un fan du très fasciste Roger Holeindre2
https://www.youtube.com/watch?v=Wnw8XVCj8Cc

Quant à son rôle moteur dans la Gaza Firm, s’il s’en défend du bout des lèvres, il ne cherche pas à nier son appartenance au groupe et pour causes, des dizaines de photos et de vidéos trainent sur le web pour témoigner de sa présence à leur côté et du rôle d’ainé et de leader qu’il y joue.
Il faut noter qu’il y a une continuité dans l’engagement politique de Cardet qui semble avoir clairement pour rôle de rameuter un public plus populaire auprès de Soral dont les premiers militants et sympathisants étaient plutôt des petits blancs des centre-ville. Le football (son livre Hooliblack, occasion de marteler son patriotisme, puis maintenant Gaza Firm) et le rap ( avec son livre L’effroyable imposture du rap et sa « plateforme culturelle » bras d’honneur sponsorisée par Soral) sont ses deux crédos pour se faire. Parmi ses « faits d’arme », c’est Cardet qui a rapproché par la première fois Joe Dalton, fondateur des blacks dragons, de Soral. Depuis, Dalton a plusieurs fois rappelé sa proximité avec Soral et Dieudonné, dans son langage mystique personnel.

Deux mots de supportérisme

De nombreux observateurs ont noté les liens entre Gaza Firm et le milieu des supporters du PSG, en particulier du Virage Auteuil. Ce sont ces liens qui ont amené plusieurs personnes à rapprocher Gaza Firm de la mouvance antifasciste. Ceci dénote une réelle méconnaissance du milieu des supporters parisiens. S’il est clair que les néo-nazis, royalistes et autres militants identitaires côtoyaient eux la tribune Boulogne, il n’y a pas un virage d’Auteuil homogène, que ce soit politiquement ou autre. Il y avait bien une identité sociale du Virage Auteuil, fréquenté par un public plus populaire, plus banlieusard et plus métissé, ainsi qu’une identité culturelle, plus tournée vers le hip-hop et la culture des ultras à l’Italienne tandis que le modèle de Boulogne était celui du hooliganisme à l’anglaise. Pour autant, le Virage Auteuil était constitué de plusieurs groupes bien différents et surtout d’individus n’appartenant pas à ces groupes. Parmi ces groupes, certains qui ont fait la réputation d’Auteuil portaient haut des valeurs antifascistes (notamment les Tigris Mystics auto-dissous en 2006 et, dans une moindre mesure, les Authentiks , la Grinta et les Supras Auteuil dissous par décrets en 2010 …), d’autres ont toujours pris soin de se tenir loin de ces questions « politiques » comme les Microbes et la K-soce Team ou encore les Karsud qui ont plus souvent fait le coup de poing au côté que contre les indépendants de Boulogne3 .
C’est justement de ces groupes qui n’ont jamais eu d’engagement antifasciste (notamment la K-soce Team et leurs cadets des Microbes) que semblent venir une bonne partie des actuels membres de la gaza firm.
T-shirts de la K-Soce Team dans le cortège Gaza Firm
T-shirts de la K-Soce Team dans le cortège Gaza Firm
Or, des liens entre l’extrême droite et des membres de ces groupes existent depuis plusieurs années. Face à la vague de répression de 20104 , on a assisté à deux types de réaction. D’un côté certains, venant notamment des assos dissoutes, se sont regroupés au sein du Paname United Colors et boycottent désormais totalement les matchs du Paris Saint-Germain et ont abandonné la lutte pour leurs droits, dégoutés par la direction du PSG. D’autres supporters, venus de la tribune Boulogne comme de la K-soce Team ou des Microbes, ont créé un front revendicatif contre le placement aléatoire avec Liberté Pour les Abonnés (créé par des supporters qui n’appartenaient à aucun groupe). Ceux-là continuent à suivre les matchs du PSG à l’extérieur et se déplacent donc souvent ensemble. Les liens sont parfois bons entre les ex-Boulogne et Ex-Auteuil.
Il n’est donc pas si étonnant que ça de voir des gens de cette mouvance participer à la manif fasciste Jour de Colère en janvier 2014 « pour dénoncer la répression » au côté de tout ce que la France compte de pétainiste, antisémite, facho…
En 2013 déjà, des supporters du PSG avaient sorti un autocollant dessiné par le soralien Zéon représentant Dieudonné faisant le geste de la quenelle.

Mais diffusent-ils un message d’extrême droite ?

Les membres de gaza firm ne sont probablement pas tous soraliens. Comme le notent les articles de Caroline Monnot et de Marine Turchi (les deux seuls articles de presse grand public corrects sur Gaza Firm et ses liens avec Soral), il s’agit avant tout de jeunes politiquement paumés et dépolitisés. Pour autant bien qu’ils s’en défendent, ça n’empêche pas le petit groupe d’être totalement manipulé et utilisé comme pantins de la galaxie soralienne.
La Gaza Firm et ses quenelliers.
La Gaza Firm et ses quenelliers.
Sur cette image comme sur pas mal d’autres qui circulent sur le web on voit un des membres de gaza firm faisant une quenelle, signe de ralliement à Dieudonné.
La Gaza Firm et ses habits tendancieux.
La Gaza Firm et ses habits tendancieux.
Ce jeune homme au 1er rang de la photo de groupe Gaza Firm porte un sweat où il est écrit « Goy ». Cette revendication identitaire de « Goy » face aux juifs, qui rejoint la réthorique de E&R qualifiant gaza firm de « Ligue de Défense Goy », a exactement la même portée que les vêtements White Power des suprématistes se revendiquant blancs face aux noirs et aux arabes. Il s’agit de mieux revendiquer son identité dominante face à une minorité pour en revendiquer l’oppression. On apperçoit aussi un T-Shirt noir avec écrit en rouge dessus « Anti SS ». Il s’agit du produit dérivé d’une chanson du rappeur Ousman, produit par bras d’honneur, le label de Cardet. Ici SS signifie Suceur de Sioniste, on retrouve l’habituelle rhétorique nauséabonde visant à dire que les sionistes (pour ne pas avoir à dire juifs) sont les nazis d’aujourd’hui, ce qui rejoint parfaitement la thématique de la conférence donnée par Dieudonné et Laurent Louis (voir plus loin). Il faut noter au passage que Ousman portait se même T-Shirt pour poser au côté du négationniste Faurisson lors de sa promo, des fois que certains auraient des doutes sur la portée antisémite de ce slogan.
Ousman (avec son T-Shirt anti SS), le négationniste Robert Faurisson et leurs amis faisant le bras d'honneur, distingué symbole du label de Mathias Cardet.
Ousman (avec son T-Shirt anti SS), le négationniste Robert Faurisson et leurs amis faisant le bras d’honneur, distingué symbole du label de Mathias Cardet.
La Gaza Firm pose avec les fachos de Neturei Karta.
La Gaza Firm pose avec les fachos de Neturei Karta.
Même quand ils essayent de prouver qu’ils ne sont pas antisémites en posant avec des juifs, la Gaza Firm parvient à faire pire que mal. Ils posent ici avec des Naturei Karta, groupe ultra orthodoxe juif niant le droit aux juifs d’avoir un Etat, affirmant que les sionistes sont responsables de la Shoah (punition divine) et entretenant des relations très cordiales avec des gens aussi sympathiques que Ahmadinejad, des membres du KKK, Faurisson, Dieudonné, Kemi Seba…
La marseillaise chantée par gaza firm n’est visiblement pas qu’un simple héritage de la culture foot de ses leaders. Leur communiqué (voir plus haut) précise « avant tout nous sommes français, nous aimons et respectons la France », message plusieurs fois répétés sur les réseaux sociaux.
Or, cette revendication permanente d’un patriotisme soi-disant apolitique et qui doit être au-dessus des divergences politiques, des différences de religions (mais pas l’athéisme) et d’origines ethniques, de tous les « communautarismes » comme ils disent, c’est justement la base du discours soralien sur la réconciliation nationale. Si on ajoute à cela un antisémitisme mal assumé mais qui transparait sans arrêt derrière la façade soi-disant antisioniste (pour ne pas alourdir ce texte on ne s’étendra pas sur la constance à comparer Israël et les sionistes aux nazis, qui était comme par hasard aussi le leitmotiv de la conférence de Dieudonné et Laurent Louis le 26 juillet, ni sur les slogans à double sens comme « Israël casse-toi, la France n’est pas à toi » qui revient encore une fois à comparer la situation en France et à Gaza comme celle de territoires occupés par les juifs les sionistes, rappelant ainsi le slogan du GUD « Gaza, Sentier, territoires occupés »), on retrouve effectivement dans l’activité de gaza firm la mise en pratique exacte des discours de Soral.
Précisons évidemment que c’est leur seule utilité et que contrairement à leur prétention ils ne protège pas les manifs pro-palestine d’hypothétiques agressions de la LDJ puisque de leur propre aveu ils n’ont pas participé à la seule fois (le 13 juillet) où des manifestants ont mis hors de nuire les fachos de la LDJ. La complaisance vis-à-vis de ce genre de groupes n’est donc pas acceptable de la part des organisateurs des manifestations parisiennes, nous gagnerions à clarifier certains points vis-à-vis des gens jouant la confusion entre antisionisme et antisémitisme et à s’organiser pour assurer l’hygiène politique de leurs manifestations.
  1. la liste des messages sur un compte twitter [↩]
  2. ex OAS, ex fondateur et dirigeant du FN, actuellement au Parti de la France de Karl Lang [↩]
  3. les indépendants désignent les supporters qui ne sont dans aucune des organisations officielles, ce qui ne les empêche pas de se regrouper en bandes ou firmes informelles comme la Casual Firm, le Commando Loubards ou encore la Milice. C’est parmi les indépendants de Boulogne qu’on compte les hooligans les plus virulents et les plus fachos du PSG. [↩]
  4. en 2010 trois groupes de supporters sont dissous, par ailleurs le plan LeProux institue le placement aléatoire, ce qui signifie que les abonnés ne peuvent plus choisir où ils s’installent dans leur tribune et ne peuvent plus se rassembler pour faire vivre leur groupe de supporter [↩]
Source : http://www.failfaf.antifa-net.fr/

Hommage à Clément Méric


Hommage à Killah P


La Nazification d’Israël et de la Palestine

Par Nicolas Lebourg
Combien de tribunes, de slogans scandés au creux de manifestations-fleuves, assimilant la violence israélienne à l'égard des Palestiniens à celle du IIIe Reich à l'encontre des juifs d'Europe ? En matière de propagande, le dernier épisode du conflit israélo-palestinien fut ainsi identique aux précédents. Partout dans le monde, dans toutes les manifestations pro-palestiniennes, sur tous les forums internet, dans des bouches d'hommes politiques de toutes tendances, le même amalgame historique sévit : l'assimilation d'Israël au IIIe Reich, du sionisme au nazisme.
D’une inanité historique certes confondante, l’argument a néanmoins démontré sa capacité de frappe de par son étendue même. Il ne suffit donc pas d’expliquer la différence absolue des phénomènes : il s’agit d’exposer d’où vient ce thème de propagande et de le comprendre.

Propagande stratégique et confusion idéologique

L’origine de l’argumentaire est tristement logique : c’est là un des fruits pourris de la Guerre froide, l’Union soviétique souhaitant déstabiliser Israël, l’allié des Etats Unis. Lors du procès Eichmann (1960-1961) la presse soviétique amalgame Israël et le IIIe Reich.
La publication soviétique Le Judaïsme sans fard (1963) représente des soldats israéliens affublés du faciès des caricatures antisémites mais portant croix gammées et casques à pointes. Entre 1967 et 1978, 180 ouvrages à la fois antisémites et antisionistes sont publiés, dont environ une cinquantaine de thèses universitaires, ainsi que plusieurs milliers d’articles dans la presse officielle. En 1969, Prudence : sionisme, fantasmant sur l’alliance entre sionistes et nazis, et sur l’équivalence doctrinale entre sionisme et nazisme, est tiré à 500 000 exemplaires.
Les nationalistes arabes empruntent à la propagande soviétique cet amalgame « juifs = sionisme = nazisme ». Illustration en est faite en 1964 jusque dans la charte de l’Organisation de libération de la Palestine, stigmatisant le sionisme « colonialiste, agresseur et expansionniste, raciste et séparatiste de par sa structure, fasciste dans ses objectifs et moyens ». L’ONU offre sa légitimité aux formulations les plus ambiguës en adoptant le 10 novembre 1975 sa résolution 3379 (abrogée le 16 décembre 1991… une fois la Guerre froide achevée) qui « considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ». La conférence des non-alignés à la Havane en 1979 va encore plus loin dans l’assimilation avec le nazisme en considérant le sionisme tel un « crime contre l’humanité ».
Néanmoins, en France, c’est l’extrême gauche à l’origine, qui porte l’accusation, plus encore que les staliniens, pourtant zélés, et alors que l’extrême droite française est, quant à elle, massivement pro-israélienne. Le tiers-mondisme mène en effet d’une part à s’aligner sur les argumentaires palestiniens, d’autre part à omettre très naïvement que le déplacement de la lutte des classes sur le géopolitique était le b-a-ba de la pensée fasciste (l’opposition entre « nations prolétaires » et « nations bourgeoises » telle qu’elle était pratiquée par Mussolini).
Le thème antisioniste permet même l’union sacrée entre gauchistes français, nombre d’organisations maoïstes et trotskystes signant ainsi lors de la Guerre du Kippour (1973) un tract commun qui conspue la « tentative d’extermination de la population palestinienne et libanaise » entrées en « Résistance », puisque « les troupes sionistes poursuivent leur guerre d’extermination contre l’existence même des peuples palestinien et libanais », tandis que « les milieux sionistes européens » manœuvrent pour les soutenir… On comprend que ce mode discursif ait pu séduire à l’extrême droite.
L’argument dorénavant d’évidence chez divers intellectuels médiatiques selon lequel la gauche serait la responsable de la diffusion d’un néo-antisémitisme n’en est pas moins une simplification massive à usage polémique. En effet, la logique de production est passée, à ce stade de notre narration, par l’extrême droite.

Une construction politique

Massivement, l’extrême droite française est jusqu’en 1973 favorable au sionisme. Parfois, il s’agit de vouloir se débarrasser des Français juifs, mais souvent est présente une admiration pour le nationalisme israélien. L’aide venue d’Israël pour les partisans de l’Algérie française a contribué à renforcer l’amitié. Durant la Guerre des Six Jours (1967) prennent fait et cause pour Israël l’ancien Commissaire aux questions juives Xavier Vallat ou l’écrivain antisémite Rebatet – lui dont le dernier article sous l’occupation s’intitulait « Fidélité au national-socialisme ».
Dans les rangs des antisionistes ne se trouvent donc alors guère que des rescapés de l’Epuration et les plus nazifiants des jeunes nationalistes. Ceux-là se souviennent que dans Mein Kampf, Hitler se refuse à différencier antisionisme et antisémitisme, arguant qu’un Etat juif ne serait qu’une base territoriale pour un complot juif mondial. Suite à la création d’Israël, le beau-frère de Brasillach, Maurice Bardèche, lance le premier groupuscule antisioniste et rédige le premier ouvrage négationniste. Mais c’est son disciple François Duprat qui fait bouger les lignes de fracture. Dans une brochure essentielle de 1967 il fait un tout de l’antisionisme, du négationnisme et de l’antisémitisme.
Le négationnisme est ici, pour la première fois, lié à l’antisionisme, légitimé par l’anti-impérialisme et l’antiracisme. Duprat ne cesse ici de rendre la totalité des juifs solidaires du sionisme et d’Israël. Il les exclut ainsi de l’ensemble national et dessine les tentacules du complot juif mondial, recyclé en « sionisme international ». L’antisionisme n’est pas ici séparable de l’accusation de perpétuation d’un génocide à l’encontre des Palestiniens et du négationnisme. Le sionisme étant censé concerner tous les juifs, il devient le meilleur instrument du processus de délégitimation antisémite, puisqu’il permet de péjorer les juifs sur la base d’une rationalité politique et non raciale, et ainsi de contourner l’ombre réprobatrice du judéocide -mieux : de la retourner.
La dénonciation du martyre palestinien est l’une des armes les plus acérées de ce discours : jusque-là, les négationnistes ne s’étaient intéressés qu’à la dénonciation des malheurs allemands de l’après-guerre. L’argument ne pouvait guère, tandis que l’Occupation était encore si proche, avoir une portée considérable. Il ne faisait sans doute que marquer les extrémistes de droite en antipatriotes, effet pervers désastreux. Faire remarquer qu’il y a un vice originel, désormais évident, dans le slogan « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » est nettement plus habile.

Revenir à la raison

Ainsi n’est-il rien d’original dans le meeting de Dieudonné et Faurisson où le second expose que la répression de son négationnisme l’assimile à un Palestinien, rien de probant ni de neuf dans ses chaînes emails qui nous épuisent d’images et de slogans nazifiant Israël. Que faire face à cette perpétuation et cette hégémonie d’une propagande initiée par un Etat, l’Union soviétique, ayant lui-même été balayé par l’Histoire ?
Les soutiens aux Palestiniens comme ceux d’Israël doivent en finir avec cette pose qui consiste à se saisir de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y a ici nul nouveau nazi, ni le Hamas ni Tsahal n’étant comparables au phénomène national-socialiste. Ni l’islamisme ni le sionisme ne sont idéologiquement proches du nazisme. Il y a des crimes de guerre, non un génocide (c’est-à-dire, si l’on parle en raison, l’extermination d’un groupe par l’assassinat de chacun des membres qui le composent selon la puissance homicide).
L’extermination des juifs d’Europe n’est pas le mètre-étalon de la concurrence des victimes. Il n’y a aucune raison de la communautariser et de lui donner un sens mystique en la nommant « Shoah » (« la Catastrophe » en hébreu) et en l’affirmant inintelligible. Bien au contraire : le judéocide doit être ramené à sa particularité historique pour être compris en-soi et non pour être manœuvré par des camps important le conflit moyen-oriental. Bannir de son discours toute facilité qui consiste à travestir notre actualité en histoire de la Seconde Guerre mondiale devient une urgence civique.

Source : http://tempspresents.com/2010/05/09/nicolas-lebourg-nazification-israel-palestine/