09/06/2013

Ni oubli ni pardon : 2 000 personnes à Lyon pour Clément

Plus de 2 000 personnes se sont déplacés jeudi soir à Lyon place de la Comédie pour un rassemblement à la mémoire de Clément Meric, assassiné le 5 juin à Paris par des fascistes. Un rassemblement fort, massif et populaire, qui s’est rapidement transformé en manifestation sauvage à travers la presqu’île. Pour Clément, en échos aux violences fascistes si présentes à Lyon, la solidarité antifasciste s’exprimait.
Clément, on t’oublie pas, le fascisme ne passera pas !

Comme dans de très nom­breu­ses villes en France , un ras­sem­ble­ment était appelé à Lyon jeudi soir, len­de­main de l’assas­si­nat de Clément. Dès 18 h, une foule hété­ro­gène a com­mencé à se ras­sem­bler place de la Comédie, devant les mar­ches de l’Opéra. Militants ou non, c’est près de 2 000 per­son­nes qui étaient pré­sen­tes.
Le mot d’ordre avait cir­culé, comme à Paris, de n’avoir ni dra­peau ni signe dis­tinc­tif d’orga­ni­sa­tion, parti ou syn­di­cat, pour éviter les évidentes ten­ta­ti­ves de récu­pé­ra­tions poli­ti­ques de cet évènement. Vers 18h30 un cor­tège d’anti­fas­cis­tes arrive sur la place der­rière une ban­de­role « Clément Méric, ni oubli, ni pardon ». La ban­de­role sera ensuite tendue devant les mar­ches de l’Opéra, le temps de quel­ques slo­gans : « Justice pour Clément » « Le fas­cisme c’est la gan­grène on l’élimine ou on en crève ». Le ras­sem­ble­ment est chargé d’émotion, le décès de Clément pre­nant par ailleurs une dimen­sion toute par­ti­cu­lière dans une ville où la vio­lence fas­ciste est récur­rente depuis plu­sieurs années.
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Vers 19h, une prise de parole a lieu, et le texte sui­vant est lu par des anti­fas­cis­tes lyon­nais :
Hier soir Clément Meric est mort des suites de ses bles­su­res. Blessures infli­gées par un groupe de skin­head d’extrême droite qui l’atten­dait dans le seul but de ’casser’ de l’anti­fas­ciste.
Hier soir l’extrême-droite a montré le vrai visage de son projet poli­ti­que, la mort.
Clément était un étudiant de 19 ans, mili­tant à Sud et à l’action anti­fas­ciste Paris Banlieue.
Clément se bat­tait avec ses cama­ra­des contre les idées racis­tes, xéno­pho­bes, homo­pho­bes, sexis­tes, réac­tion­nai­res de l’extrême-droite.
Clément, parce qu’il avait des convic­tions poli­ti­ques et mili­tait pour cela en est mort.
Ces idées nau­séa­bon­des ne datent pas d’hier, mais ces idées ont connues un regain d’inté­rêt avec le défer­le­ment de haine récente. Ces idées sont celles véhi­cu­lées depuis la droite popu­laire au FN, depuis les Jeunesse Nationaliste aux Génération Identitaire, depuis les Jeunesse Nationaliste Révolutionnaire aux Antigones. Ces idées tuent. Mais si ces idées ont pu se pro­pa­ger c’est qu’elles ont été accep­tées par la bien­veillance des médias et des auto­ri­tés. Les médias qui font passer le FN pour un parti res­pec­ta­ble, les médias qui sui­vent les Jeunesses Nationalistes et leurs lais­sent des tri­bu­nes natio­na­les sur leurs chai­nes télé­vi­sées. Les pou­voirs publics qui lais­sent défi­ler les fas­cis­tes dans les rues de Paris ou de Lyon. Ces mêmes pou­voirs publics qui ren­voient dos à dos l’extrême droite et l’extrême gauche.
Non mes­sieurs, mes­da­mes, nous mili­tan­tEs anti­fas­cis­tes n’avons rien à voir avec ces meur­triers. Ces meur­triers qui comp­tent déjà 39 agres­sions sur Lyon, 500 jours d’ITT, deux ten­ta­ti­ves de meur­tre à Villeurbanne, un mort à Paris.
Clément est mort d’avoir voulu défen­dre ses idées, nous n’oublie­rons pas, nous ne par­don­ne­rons pas.
S’en suit une minute de silence, fumi­gè­nes allu­més devant la foule et des cen­tai­nes de poings dres­sés.
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Fascistes assas­sins, poli­ti­ciens com­pli­ces !
C’est ensuite mas­si­ve­ment que les par­ti­ci­pants au ras­sem­ble­ment com­men­cent une mani­fes­ta­tion sau­vage le long de la rue de la République, plus de la moitié des per­son­nes pré­sen­tes se joi­gnant au cor­tège. Précédé d’un dra­peau « action anti­fas­ciste » porté à bout de bras, la mani­fes­ta­tion enchaîne les slo­gans à la mémoire de Clément et de toutes les vic­ti­mes de vio­len­ces fas­cis­tes, également contre les poli­ti­ciens qui, par le racisme d’État et les dis­cours popu­lis­tes, ont entre­tenu et fait gran­dir les idées nau­séa­bon­des qui ont amené à la mort de Clément.
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Le cor­tège s’est rendu jusqu’à la place Bellecour en remon­tant la rue de la République, avant de repar­tir en sens inverse le long de la rue Édouard Herriot. Arrivé à hau­teur des Cordeliers, le cor­tège bifur­que et s’élance rapi­de­ment, en criant des slo­gans, en direc­tion du Vieux Lyon, que les fas­cis­tes se tar­guent de tenir.
Arrivée au bord du pont Alphonse Juin, la mani­fes­ta­tion est blo­quée par un rang de gardes mobi­les cas­qués et équipés. Le vieux Lyon étant visi­ble­ment « inter­dit » aux anti­fas­cis­tes, le préfet a depuis long­temps acté et accepté la « pos­ses­sion » des nervis d’extrême droite de cette partie de Lyon.
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Le face à face entre mani­fes­tants et gen­dar­mes dure plu­sieurs minu­tes sous les « la police pro­tège les fas­cis­tes », avant que le cor­tège ne reparte en direc­tion des ter­reaux. C’est à son point de départ que finira la mani­fes­ta­tion, place de la Comédie où la ban­de­role est pliée au son des « Clément, on ne t’oublie pas ». 200 bou­gies sont ensuite allu­mées et pla­cées sur les mar­ches de l’Opéra.
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La situa­tion lyon­naise et notre cher maire...
Alors que le ras­sem­ble­ment se dis­perse, Gérard Collomb sort à pied de la mairie. Ce der­nier a fait une décla­ra­tion le matin même, et a ren­contré les repré­sen­tants du Collectif Vigilance 69 avant le ras­sem­ble­ment, mais n’a pas par­ti­cipé à ce der­nier. Il n’y aurait pro­ba­ble­ment pas été bien accueilli.
C’est qu’il aura fallu un mort à Paris pour que le maire de Lyon, ville ou sont pour­tant per­pé­tré de façon sys­té­ma­ti­que des vio­len­ces fas­cis­tes depuis près de 4 ans, réa­gisse, n’ayant jamais bougé un doigt sur la ques­tion, ne vou­lant pas en enten­dre parler et délé­guant le pro­blème à Jean-Louis Tourraine.
Les vio­len­ces fas­cis­tes sont pour­tant légion à Lyon. Le CV69 comp­ta­bi­li­sait récem­ment plus de 500 jours d’ITT cumu­lés, 39 agres­­sions et deux ten­­ta­­ti­­ves de meur­­tre [1]. L’absence de réac­tion est criante, le procès de la ten­ta­tive de meur­tre ayant eu lieu à Villeurbanne en jan­vier 2011 n’a tou­jours pas eu lieu ! et les agres­seurs, clai­re­ment iden­ti­fiés, sont visi­bles depuis à chaque ras­sem­ble­ment de l’extrême droite.
L’hypo­cri­sie du maire PS de Lyon ne fai­sait visi­ble­ment aucun doute pour les mani­fes­tants encore pré­sents puis­que ceux-ci se sont rapi­de­ment élancés vers ce der­nier qui a du être « exfil­tré » par la police qui est inter­ve­nue dans l’ins­tant. Pas d’arres­ta­tions ni de bles­sés. Reste que le Maire de Lyon n’a eu comme réac­tion au ras­sem­ble­ment et à la mort de Clément que celle, égoïste et hypo­crite, de com­mu­ni­quer le soir même à la presse sur le fait d’avoir été pris à partie [2].
Ce jeudi soir nous étions nom­breux pré­sents à la mémoire de Clément, pour assu­rer de notre soli­da­rité anti­fas­ciste ses pro­ches et sa famille, les cama­ra­des pari­siens et toutes les vic­ti­mes des vio­len­ces fas­cis­tes. Nous ne savons que trop bien qu’au vu de la situa­tion locale, la vic­time aurait pu être lyon­naise. Et si c’est à Paris que l’assas­si­nat a été per­pé­tré, nous affir­mons avec les cama­ra­des de Clément qu’il est à jamais l’un des nôtres.
Ni oubli, ni pardon. 

Source : rebellyon

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